Right Livelihood Award 2013 Stockholm 12/ 2013 Photo: Wolfgang Schmidt

Communiqué

44 organisations des droits humains plaident pour la protection du Dr Denis Mukwege – Prix Nobel de la paix 2018 – qui subit de graves menaces pour avoir dénoncé un massacre de civils à Kipupu dans le Territoire de Mwenga (Province du Sud-Kivu) en RD Congo

Les organisations signataires de ce communiqué de presse dénoncent les graves menaces qui ciblent actuellement le Docteur Denis Mukwege – Prix Nobel de la paix 2018 – en raison de son engagement contre l’impunité des violations des droits humains en République démocratique du Congo (RD Congo).

Les menaces surviennent quelques jours après la publication d’un tweet, le 26 juillet 2020, dans lequel le Dr. Mukwege condamne les récentes tueries des populations civiles dans la Province du Sud-Kivu: « Ce sont les mêmes qui continuent à tuer en RDC. Les comptes macabres de Kipupu sont dans la ligne droite des massacres qui frappent la RDC depuis 1996. Tant que l’impunité perdurera et que les recommandations du rapport Mapping des Nations Unies seront ignorées, les massacres des Congolais continueront ».

Depuis, comme renseigné dans son message d’appel à la paix du 30 juillet 2020, le Dr. Denis Mukwege et les membres de sa famille font l’objet de correspondances haineuses, d’intimidations et de menaces de mort de la part d’inconnus, qui l’accusent d’avoir un parti pris contre une communauté à l’Est de la RD Congo. En tant qu’entorses sérieuses au droit de défendre les droits humains et à la lutte contre l’impunité des crimes graves commis en RD Congo, les organisations signataires condamnent fermement les récentes menaces à l’encontre du Dr. Mukwege et de ses proches.

Le Dr. Denis Mukwege est un homme de paix, qui en sa qualité de médecin directeur de l’Hôpital de Panzi, soigne avec dignité tout être humain, sans aucune discrimination. Il fait de même dans son engagement contre l’impunité des violations de droits humains. Les organisations signataires considèrent infâme cette tentative délibérée de museler l’une des figures emblématiques de la société civile congolaise dont l’activisme pour mettre fin à la violence faite aux femmes et à l’usage du viol comme arme de guerre, a été primé à l’échelle mondiale.

Malgré le fait que deux tentatives d’assassinat aient été perpétrées contre le Dr. Mukwege depuis 2012, aucune action judiciaire n’a été à présent entamée en vue d’identifier les coupables et de les traduire en justice. Les organisations signataires demandent aux autorités congolaises de mener des enquêtes transparentes et crédibles, afin que justice soit faite pour les crimes commis à son encontre, ainsi que ces récentes menaces.

Ces faits surviennent dans un contexte préoccupant où d’après le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’Homme, la RD Congo vient d’enregistrer entre janvier et juin 2020, 4.113 violations et atteintes aux droits humains, soit une augmentation de 17% par rapport à la période juillet-décembre 2019. Dans cette période particulièrement difficile, notamment à cause de la pandémie de COVID-19, les défenseur·e·s des droits humains ont besoin de plus de protection si l’on souhaite que ces acteurs clés continuent à contribuer à la mise en place d’un État de droit en RD Congo. Les organisations signataires rappellent donc aux autorités congolaises leur obligation de protéger les défenseur·e·s des droits humains, et donc celle de protéger aussi le Dr. Denis Mukwege.

C’est pour toutes ces raisons que les organisations signataires exhortent les autorités congolaises à :
-Renforcer la sécurité du Dr. Denis Mukwege et sa famille ;

-Diligenter dans les plus brefs délais une enquête pour les crimes commis à l’encontre du Dr. Mukwege, ainsi que ces récentes menaces ;
-Lutter contre l’insécurité grandissante dans les territoires de Fizi et Mwenga dans la Province du Sud-Kivu.