Poursuivi pour corruption, le directeur de cabinet du président congolais a été condamné à vingt ans de prison pour détournement de fonds publics. C’est une première en RDC. Retour sur cette affaire qui fascine les Congolais et suscite un grand intérêt en Afrique.

Vital Kamerhe a été arrêtéle 8 avril 2020. Depuis, il est incarcéré à titre préventif à la prison centrale de Kinshasa. C’était le principal allié politique du président congolais Félix Tshisekedi. Il avait activement contribué à son accession au pouvoir, avant de devenir son puissant chef de cabinet. Il est accusé, avec deux autres prévenus, du détournement de 50 millions de dollars. Des fonds destinés au financement de grands travaux de modernisation des infrastructures du pays, lancés par le chef de l’Etat après son investiture le 24 janvier 2019. Ils devaient servir, entre autres, à la construction de 4 500 logements sociaux. L’intéressé était chargé de l’attribution de ces juteux marchés. Un travail “qu’il n’était pas seul à superviser”, tient-il à préciser à ses accusateurs.

Les poursuites engagées contre Vital Kamerhe sont le résultat d’une vaste enquête anti-corruption, supposée marquer “le renouveau” de la justice congolaise dans le cadre de la lutte contre l’impunité des élites depuis l’indépendance de ce pays. Un fléau répandu à travers toute l’Afrique.

Le tribunal dit « établie en fait et en droit l’infraction de détournement des deniers publics portant sur le montant de 48.831.148 $USD à charge des prévenus Samih Jammal et Kamerhe Lwa Kanyingini Vital ; en conséquence, les condamne chacun à 20 ans de travaux forcés et prononce, en outre :

-L’interdiction pour 10 ans après exécution de la peine, du droit de vote et du droit d’éligibilité en ce qui concerne le prévenu Kamerhe Lwa Kanyingini Vital;

-L’interdiction d’accès aux fonctions publiques et paraétatiques quel qu’en soit l’échelon à charge du même prévenu ;

-La privation du droit à la condamnation ou à la libération conditionnelle et à la réhabilitation à charge de tous les deux prévenus ;

-L’expulsion définitive du territoire de la République, après l’exécution de la peine à charge du prévenu Samih Jammal ».

Quant au prévenu Muhima Ndoole Jeannot, il est condamné à deux ans de travaux forcés pour l’infraction de détournement des deniers publics portant sur la somme de 1.154.800 $USD. A cela s’ajoute l’interdiction pour 5 ans après l’exécution de la peine, du droit de vote et du droit d’éligibilité.

Le tribunal ordonne également la confiscation des fonds contenus dans les comptes des proches de M. Kamerhe (Soraya Mpiana, Daniel Nshangalume et Amida Chatur) ainsi que les biens immobiliers acquis grâce aux fonds détournés.